Je suis né le 13 Juin 1963 à Issy Les Moulineaux. Après des études à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, j’ai rejoint la rédaction de France 2. J’ai été reporter pendant de nombreuses années à France 2 et pour l’Agence Capa, avant d’intégrer l’équipe de La Chaîne Info en 2000 comme rédacteur en chef adjoint. Depuis deux ans, je suis en charge des journaux de la tranche matinale (6h/14h).
J’ai rencontré Liana Levi pour la première fois en Novembre 2004.
A l’époque, Carole Diamant, l’une de ses auteures (”Ecole, terrain miné”), également professeur de philosophie dans un lycée de St Ouen, avait décidé de faire travailler ses élèves de Terminale sur les quatre grands génocides du vingtième siècle, et sur les difficultés de transmettre cette mémoire à vif.
Pour récompenser le travail de ses élèves, Carole Diamant avait prévu d’organiser en fin d’année scolaire, une rencontre autour d’une personne emblématique - survivant, historien, spécialiste…- pour chacune des tragédies. Elle avait trouvé les intervenants pour la Shoah, pour le génocide mené par les Khmers Rouges et au Rwanda, mais pas pour le génocide des Arméniens. Anne Guérand, qui travaille avec Liana Lévi et l’une de mes plus anciennes amies, avait alors eu l’idée de me contacter, connaissant mes racines arméniennes.
Je proposais d’abord à mon père, auteur du premier livre d’histoire en français sur le génocide des Arméniens (Jean-Marie Carzou, “Arménie 1915, un génocide exemplaire”, Flammarion,1975) mais ce dernier déclinait l’idée. Je pensais alors à une amie chère de France 2, Anne d’Abrigeon, monteuse et réalisatrice d’un beau documentaire sur la recherche en Anatolie de ses propres racines, englouties sous des orages de pierre. Celle-ci acceptait volontiers, Carole Diamant était enchantée.
L’histoire aurait pu s’arrêter là…
Mais dans son travail, Carole Diamant était tombée sur un exemplaire du livre de mon père et avait fait part de son enthousiasme à Liana Levi. Anne Guérand me demandait alors un exemplaire de l’ouvrage pour Liana. Connaissant le caractère imprévisible de mon père, je préférais discrètement acheter un exemplaire de son livre sur un site de livres d’occasion.
A l’issue de sa lecture, Liana Levi me contacte et me demande d’organiser une rencontre avec mon père, autour de ce projet : elle se propose de rééditer son livre, qu’elle trouve passionnant, et me propose d’en écrire la préface, pour symboliser le travail de transmission. Je contacte donc mon père, sans lui mentionner la proposition de préface. Ce dernier se montre très enthousiaste devant la perspective de réédition, et à son tour, me propose spontanément d’en écrire la préface.
L’écriture est l’une de mes plus vieilles obsessions, et je n’ai jamais réussi à établir de relations stables et apaisées avec mon père. Bref, vous imaginez peut-être le choc qui se produit alors dans mon esprit : non seulement je vais être publié pour la première fois, mais en plus, - surtout, serais-je tenté d’écrire -, ce sera avec mon père. Ce lien fantomatique, fait d’incertitude et de douleur, va enfin trouver une expression éclatante, une expression qui aura l’immortalité d’un livre. Soudain, j’entrevois une solution pour deux des principaux combats intimes que j’abrite, celui de l’écriture et celui de mon père.
Je me mets donc au travail sur cette préface, qui représente bien plus pour moi qu’un texte de quelques pages. La deuxième version, plus longue que la précédente, est jugée satisfaisante par Liana et par mon père (je mettrai bientôt le texte de cette préface sur ce site). Je me fous du fait qu’il ne s’agisse que d’une préface, je serai bientôt publié, et définitivement, publiquement, indiscutablement le fils de mon père. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mon père, lui, commence à me suggérer d’écrire plutôt une postface, préférant s’occuper lui-même de la préface, mais rien de grave…Il n’y a pas plus naïf qu’une plaie qui rêve de cicatrice.
Mi-décembre, un matin, Anne Guérand m’appelle à la maison. Sa voix est encombrée de gêne et de tristesse. Mon père vient de raccrocher avec l’éditeur chargé des essais, après l’avoir copieusement insulté au téléphone. Le désaccord porte sur l’emploi des italiques et les inter-titres au sein des chapitres. Et il s’oppose à la sortie du livre. Dans un fax, dont j’ai reçu une photocopie un peu plus tard, il précise que si Liana persiste à vouloir publier la réédition, “celle-ci devra comporter la mention “publiée sans l’accord de l’auteur”.” En toute simplicité…
Ce matin là, j’ai essayé de le joindre 17 fois au téléphone. En vain. Sa femme, jointe à son cabinet, m’a confirmé qu’il était dans leur maison près de Périgueux, “mais peut-être qu’il n’entend pas le téléphone à cause de l’aspirateur”… Il n’a jamais décroché.
J’ai finalement appelé Liana Levi pour lui présenter mes excuses. Elle était désolée comme moi, ne comprenait pas cette soudaine violence, aussi déplacée que tatillonne.
Quelques semaines plus tard, en Janvier 2005, je décide de demander à Liana de déjeuner avec elle. Lorsque nous nous retrouvons, je suis dans l’état d’esprit un peu fiévreux de celui qui a conscience qu’un moment important de sa vie est en train de se jouer. Je me suis battu de toutes mes forces, de tous mes cauchemars, pour mon père, et pas seulement à l’occasion de cette réédition. J’ai échoué, tant pis.
A présent, je vais me battre pour moi. Au cours de ce déjeuner je propose à Liana quatre sujets de roman, plus ou moins esquissés. Celle-ci se dit intéressée par les quatre, me demande sur l’un d’entre eux de lui écrire un synopsis. L’histoire d’une famille turque qui découvre ses racines arméniennes.
Cette histoire m’a été inspirée par une anecdote, racontée par Gorune Aprikian, quelques mois plus tôt : au cours d’une rencontre avec un éditeur turc, ce dernier lui a raconté que sa grand-mère au moment de mourir a demandé à être convertie à la religion musulmane pour rendre hommage à son sauveur. C’est comme çà que sa famille a appris qu’ils avaient une grand-mère arménienne. J’avais été tellement frappé par cette anecdote, qui me collait aux pensées comme une muse, que j’avais fini par demander à cet ami la permission de m’en emparer pour écrire un roman. Il avait accepté de bonne grâce, d’autant que d’après lui, ce phénomène de racines mêlées et tenues secrètes est largement répandu en Turquie.
Une semaine après le déjeuner avec Liana, je lui remettais un texte de vingt feuillets, où figuraient toutes mes intentions pour… “La huitième colline”. Et l’après-midi même, ce 14 Février 2005, elle m’annonçait au téléphone qu’elle était d’accord pour signer avec moi un contrat d’édition, pour quatre romans. C’est la première fois qu’elle a fait cela de sa carrière. Le 6 Avril 2006 paraissait “La huitième colline”.
Quant au livre d’histoire de mon père, il en a donné le texte quelques mois plus tard, à l’été 2005, à un site internet (www.imprescriptible.fr), avant de finalement le rééditer chez Calmann-Levy, cet automne 2006.
Pour le site internet, il m’a proposé d’ajouter ma “postface”, mais j’ai refusé.
Et pour la petite histoire, Calmann-Levy a été, à l’époque des premiers grands massacres menés par les autorités ottomanes, l’éditeur… des pires textes de Pierre Loti contre les Arméniens et les Grecs, textes dignes des littératures les plus nauséabondes de la seconde guerre mondiale, dans lesquels l’amoureux aveugle de la Sublime Porte dénonce, entre autres, “les centaines de banquiers levantiens, dont les mains pleines d’or…” achèvent d’agenouiller les “pauvres Turcs”. (in “Les massacres d’Arménie”, Pierre Loti, Ed. Calmann-Levy, 1898)
Pour conclure, je veux juste profiter de cette page pour dire mon respect, mon attachement, ma tendresse à l’endroit de Liana Levi, de Sylvie Mouchès (mon éditrice chez Liana Levi), d’Anne Guérand et d’Elodie Pajot (qui se battent avec tant d’énergie pour ce premier roman)… et pour Carole Diamant, qui ne devait, pas plus que moi, se douter qu’elle allait me permettre de publier mon premier roman, un jour de l’automne 2004, lorsqu’elle décida d’amener ses élèves de Terminale à réfléchir sur la mémoire des génocides.
(Août 2006)
