“Parfois, lorsqu’ils vieillissent, les enfants gâtés s’épousent une pharmacienne, ou leur infirmière. Ca les rassure.”
Cette phrase sera sans doute présente dans l’un de mes prochains textes.
Impossible, à ce sujet, d’en rester là. Car il m’est arrivé, il y a quelques jours, un incroyable signe, un clin d’oeil bienveillant. Un article du Monde m’a apporté une parcelle de réalité au service de mon histoire. En fait, j’ai découvert comment l’héroïne de cette fresque pouvait avoir eu l’idée d’une action très forte, très symbolique, qu’elle va commettre, j’ai trouvé les racines (elles bien réelles) d’un geste de sa part qui sera l’un des tournants du roman. Et juste avant de me lancer dans l’écriture, même s’il me reste encore un peu de travail sur la structure narrative, c’est un cadeau merveilleux.
J’avais envie d’écrire sur Alain Bashung, que j’ai eu le privilège de rencontrer plusieurs fois. Je pense très fort aussi à Nathalie Dahan, qui vient de quitter Barclay, et avec laquelle on était parti tourner le concert d’Alain Bashung près de Bordeaux. Je pense à cette version de “Madame Rêve” sur scène à Talence (une salle glauque, en béton, aux formes d’un algeco), cette version seul en scène, sur le fil, et qui avait duré près de 15 minutes, dans un halo de lumière noire. Je pense au concert à l’Olympia, la même année. Je pense au tournage parmi les docks de Bordeaux, tagués, déserts. Au tournage au Musée des Arts Forains pour la sortie de “Fantaisie Militaire”. A toutes ces interviews. A son regard. Sa voix. Extrait.
“…Madame rêve, d’archipels, de vagues perpétuelles, sismiques et sensuelles… D’un amour qui la flingue.”
L’écriture est un sport de combat.
Ca sonne kitsch ou prétentieux, je sais, ça pourrait presque faire la sentence au fond d’un cendrier fantaisie. D’autres ont sûrement déjà livré pareil constat, avec talent. Mais, croyez-moi, l’écriture est un sport de combat. Croyez-moi sur parole. Croyez-moi sur silence.
C’est un combat permanent, impitoyable, au coeur, au ventre, au visage. Et tout ce qui tente de s’abriter derrière. Et tout ce qui s’égare dans un miroir. Un mano à mano avec ses failles. Serre les phalanges, gamin, ça va pleuvoir. Une envie de baston devant ses fuites. Ses fautes. Moi, ça me démange.
L’écriture est un sport de combat.
Les pensées fiévreuses, le stylo bien en main. Même le silence retient son souffle. Et un simple mot, un gringalet qui pèse guère trois syllabes, un terme sans éclat vous feinte en moins de deux. La phrase est bancale, le trait forcé. La métaphore dans l’état d’un bas qu’a trop servi. Tapis. Décompte. Trois points de suspension en guise de voiture balai. La page blanche ? Foutaises. Elle est couverte d’ecchymoses. A l’infirmerie. Elle pue la sueur. Elle suinte la peur. KO.
L’écriture est un sport de combat.
Une inspiration. De la discipline. Du rythme. Reprendre. Reprendre encore. Et recommencer. Ecoper parmi les souvenirs, les images, parmi les éclairs. Envoyer par dessus bord tout ce qui n’est pas vital pour le récit. Qu’elle soit lectrice, qu’il soit lecteur, la personne qui lit votre roman vous confie pour quelques heures son imaginaire. C’est la récompense suprême de cette lutte.
L’écriture est un sport de combat.
J’ai construit une histoire en m’inspirant de mon arrière grand-père, photographe à Alep dans les années 1900. Ce sera mon prochain roman. Tant pis pour l’homme qui se contente d’être mon père à l’état-civil et sa quatrième épouse, qui m’interdisent, en harmonie, jusqu’à l’accès à la seule photo de cet aïeul.
Je sais que l’écriture est un sport de combat.
Et je n’ai pas écrit mon dernier mot.
