
Le 1ier Janvier 1907, mon grand-père naissait à Alep, cette ville syrienne merveilleuse, située alors dans l’empire Ottoman. Celui qui allait devenir Karzou, puis finalement Carzou, au gré de ses recherches de nom d’artiste, s’appelait alors Garnik Zouloumian. Son père, un jeune photographe originaire de Diyarbékir, l’une des métropoles arméniennes de l’époque, s’était installé là pour pouvoir vivre son amour. Comme sa famille et celle de mon arrière grand-mère ne voyaient pas l’intérêt d’un mariage entre leurs rejetons, mon arrière grand-père avait finalement décidé d’enlever sa belle, direction Alep.
Lorsque je suis allé en Syrie, deux ans après la mort de mon grand-père, j’ai réussi à retrouver sa maison natale, guidé par l’un de ses plus fervents admirateurs sur place, le Docteur Toros Toranian (le titre docteur est ici à prendre au sens germanique…). Une étroite construction de pierre, un rez-de-chaussée et un étage, sans ces fameux balcons de bois ouvragé qui font la marque des riches demeures. Son hôte actuel m’a offert le thé, on a partagé un sourire dont je garde précieusement le souvenir. La boutique de mon arrière grand-père, elle, située non loin de la Place de l’Horloge, avait été rasée par les travaux de construction d’un Sheraton. Mais j’ai pu voir, dans les ruelles serpentines qui relient cette place au grand Souk, des dizaines de ces échoppes, étroites et enfumées, où l’on trouve aussi bien des peaux de moutons encore mal dégrossies que le dernier modèle de téléphone satellite. Prévert lui-même perdrait ici le courage d’un inventaire.
Surtout, j’ai ressenti, au fil de mes égarements dans ce labyrinthe de pierre et de senteurs, un étrange sentiment de promenade familière. Le lendemain de mon arrivée à Alep, je commençais déjà à me repérer, à savoir retrouver le meilleur vendeur de tamarindi, ce jus de date indienne que l’on consomme sous les voutes de pierre de l’immense marché.
Cet été, une exposition dans la ville d’Orsay, grâce à la volonté de son maire, Marie-Hélène Aubry, amie depuis toujours, rendra hommage à l’oeuvre de mon grand-père pour son centenaire. C’est un peu de tout cela que j’avais envie de partager au moment des voeux avec ce portrait dont la pose a quelque chose d’une photographie classique.
Alors, puisse 2007 inspirer de nouvelles, de merveilleuses pages à votre bonheur !
