Louis Carzou

Quatre balles.

20 janvier 2007 | 10:17 |
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Hrant Dink, 53 ans, rédacteur en chef d’Agos, a été assassiné hier devant le siège de son journal, à Istanbul. Trois ou quatre balles, selon les sources. Dont deux à bout portant. Une méthode d’exécution. J’ai encore du mal à écrire sur ce meurtre, mais je ne peux pas rester muet.

Hrant Dink, c’était la voix des arméniens de Turquie. Une voix infatigable, intransigeante dans son combat au quotidien pour la liberté d’expression, le respect des droits des minorités et la reconnaissance par les autorités turques du génocide des arméniens. Tellement attaché à la liberté d’expression qu’il s’était même déclaré en désaccord avec le projet de loi français punissant le négationnisme du génocide de 1915, prêt à venir ici, à Paris, pour se faire arrêter si cette proposition était adoptée. La liberté, même pour les ennemis de la liberté.

Il faut dire que son quotidien, à Istanbul, lui donnait hélas tant de raisons de chérir cette liberté, ou plutôt cet espoir de liberté. C’était l’une des figures intellectuelles du pays poursuivie et condamnée le plus grand nombre de fois sur la base du fameux - et sinistre - article 301 du code pénal turc, qui réprime, en des termes assez flous pour être totalement subjectifs, “l’insulte à la nation turque”. Et naturellement, parler ou écrire de génocide arménien tombe sous le couperet de cette loi scélérate.

Hrant Dink, c’était un combattant, en première ligne. Il n’a jamais voulu quitter la Turquie, malgré les menaces répétées des nationalistes. Il lui semblait impensable d’abandonner les 60000 arméniens qui vivent encore autour du Bosphore, et plus généralement, ses concitoyens orphelins de liberté et de démocratie. Il s’est battu, avec son stylo pour seule arme, jusqu’à la mort. Quatre balles, dont deux à bout portant.

“Un être qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle.”

1ier Janvier… 1907

8 janvier 2007 | 10:20 |
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Carte de voeux

Le 1ier Janvier 1907, mon grand-père naissait à Alep, cette ville syrienne merveilleuse, située alors dans l’empire Ottoman. Celui qui allait devenir Karzou, puis finalement Carzou, au gré de ses recherches de nom d’artiste, s’appelait alors Garnik Zouloumian. Son père, un jeune photographe originaire de Diyarbékir, l’une des métropoles arméniennes de l’époque, s’était installé là pour pouvoir vivre son amour. Comme sa famille et celle de mon arrière grand-mère ne voyaient pas l’intérêt d’un mariage entre leurs rejetons, mon arrière grand-père avait finalement décidé d’enlever sa belle, direction Alep.

Lorsque je suis allé en Syrie, deux ans après la mort de mon grand-père, j’ai réussi à retrouver sa maison natale, guidé par l’un de ses plus fervents admirateurs sur place, le Docteur Toros Toranian (le titre docteur est ici à prendre au sens germanique…). Une étroite construction de pierre, un rez-de-chaussée et un étage, sans ces fameux balcons de bois ouvragé qui font la marque des riches demeures. Son hôte actuel m’a offert le thé, on a partagé un sourire dont je garde précieusement le souvenir. La boutique de mon arrière grand-père, elle, située non loin de la Place de l’Horloge, avait été rasée par les travaux de construction d’un Sheraton. Mais j’ai pu voir, dans les ruelles serpentines qui relient cette place au grand Souk, des dizaines de ces échoppes, étroites et enfumées, où l’on trouve aussi bien des peaux de moutons encore mal dégrossies que le dernier modèle de téléphone satellite. Prévert lui-même perdrait ici le courage d’un inventaire.

Surtout, j’ai ressenti, au fil de mes égarements dans ce labyrinthe de pierre et de senteurs, un étrange sentiment de promenade familière. Le lendemain de mon arrivée à Alep, je commençais déjà à me repérer, à savoir retrouver le meilleur vendeur de tamarindi, ce jus de date indienne que l’on consomme sous les voutes de pierre de l’immense marché.

Cet été, une exposition dans la ville d’Orsay, grâce à la volonté de son maire, Marie-Hélène Aubry, amie depuis toujours, rendra hommage à l’oeuvre de mon grand-père pour son centenaire. C’est un peu de tout cela que j’avais envie de partager au moment des voeux avec ce portrait dont la pose a quelque chose d’une photographie classique.

Alors, puisse 2007 inspirer de nouvelles, de merveilleuses pages à votre bonheur !

Emblème Arménie