Louis Carzou

Help ! »
« 1ier Janvier… 1907

Quatre balles.


Hrant Dink, 53 ans, rédacteur en chef d’Agos, a été assassiné hier devant le siège de son journal, à Istanbul. Trois ou quatre balles, selon les sources. Dont deux à bout portant. Une méthode d’exécution. J’ai encore du mal à écrire sur ce meurtre, mais je ne peux pas rester muet.

Hrant Dink, c’était la voix des arméniens de Turquie. Une voix infatigable, intransigeante dans son combat au quotidien pour la liberté d’expression, le respect des droits des minorités et la reconnaissance par les autorités turques du génocide des arméniens. Tellement attaché à la liberté d’expression qu’il s’était même déclaré en désaccord avec le projet de loi français punissant le négationnisme du génocide de 1915, prêt à venir ici, à Paris, pour se faire arrêter si cette proposition était adoptée. La liberté, même pour les ennemis de la liberté.

Il faut dire que son quotidien, à Istanbul, lui donnait hélas tant de raisons de chérir cette liberté, ou plutôt cet espoir de liberté. C’était l’une des figures intellectuelles du pays poursuivie et condamnée le plus grand nombre de fois sur la base du fameux - et sinistre - article 301 du code pénal turc, qui réprime, en des termes assez flous pour être totalement subjectifs, “l’insulte à la nation turque”. Et naturellement, parler ou écrire de génocide arménien tombe sous le couperet de cette loi scélérate.

Hrant Dink, c’était un combattant, en première ligne. Il n’a jamais voulu quitter la Turquie, malgré les menaces répétées des nationalistes. Il lui semblait impensable d’abandonner les 60000 arméniens qui vivent encore autour du Bosphore, et plus généralement, ses concitoyens orphelins de liberté et de démocratie. Il s’est battu, avec son stylo pour seule arme, jusqu’à la mort. Quatre balles, dont deux à bout portant.

“Un être qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle.”



Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre site.

Laisser un commentaire

Emblème Arménie