Forcément, le jour de Noël, et celui de la mort de James Brown, il flotte comme un parfum de résineux. Avec promo sur les clous. Bref, que l’on soit un fidèle du Saint Père ou du Godfather, ou des deux, le brouillard parisien aidant, on est tenté de ressortir un pot de mélancolie. Comme pour donner du corps à cette mélasse saisonnière qui engourdit nos gestes et nos pensées.
Cela fait plusieurs jours que j’hésite à revenir écrire ici, en essayant de trouver de belles tournures, de profondes réflexions. Mais après tout, c’est un espace de liberté, où, justement, j’ai envie de pouvoir noircir ces colonnes virtuelles sans me demander si ça vaut la une… D’autant que cette faim d’écriture se révèle très vivace ces jours-ci. Une nouvelle et un roman, de longue date sur l’établis. Deux ou trois arguments de livre, dans un coin de mes cahiers de notes. Et ce soir, une idée de nouvelle de plus.
Cette très relative profusion de projets est d’ailleurs l’une de mes plus redoutables ennemies, à la manière d’un miroir aux girouettes. Sans cesse à s’enthousiasmer pour cette dernière idée, l’instant d’après pour une toute jeune esquisse, et la minute suivante, sans la moindre retenue, à l’endroit d’une anecdote “qui ferait un roman génial !”. Et à l’arrivée, naturellement, rien n’est achevé, si ce n’est la dispersion. Plume au clair, prêt à affronter les sortilèges de la page blanche… mais du geste martial, il ne s’échappe que du vent.
C’est d’ailleurs pour gagner en discipline que j’ai décidé d’avoir un journal en ligne. Avec aussi l’idée, parfaitement immodeste, qu’il faudrait bien nourrir les éventuels égarés qui tomberaient sur ces paragraphes et… leur date de fraicheur. Ce soir, j’avais envie d’écrire, une de ces envies qui vous titille l’arrière du front. Alors je me suis dit que cet appétit, précisément, méritait bien quelques phrases. Pas forcément dignes du Lagarde et Michard, mais chaleureuses, enthousiastes comme une conversation de bistrot, avec des bonnes grosses blagues pour chasser les restes de buée.
Cela fera bientôt trente ans que j’abrite cette soif des pages, ce virus des récits, l’obsession d’écrire. Depuis quelques mois, et la sortie de mon premier roman, j’ai franchi l’étape de la rencontre avec des lecteurs. Un truc inimaginable avant de l’avoir traversé. Comme le pire des passages en douane, sauf que, question bagages, c’est vos histoires, vos raisonnements, vos mots. Inutile de chercher une poignée sur cette malle-là pour se raccrocher en cas de tangage.
Je ne sais même pas si je serais capable d’achever un second roman. Mais le simple fait de ressentir le besoin impérieux d’écrire (désolé, mais je ne connais pas de synonyme satisfaisant pour ce verbe), ce simple fait a quelque chose de réjouissant. Une rage de dents qui me rappelle que j’ai des mâchoires.

Bonsoir,
Je ne vous connaissais pas. Je viens de lire votre rencontre avec l’écriture, et ai maintenant très envie de lire votre livre. à bientôt!